jeudi 10 avril 2014

Les Sentinelles de la Terre

Le 3 avril, ce n'est pas une fusée Ariane qui a emporté avec elle le premier satellite d'une grande famille à venir, mais un lanceur Soyouz. Je veux parler de la famille des satellites Sentinel. Sentinel 1A est donc maintenant en orbite, et ces frères et cousins vont suivre dans les mois et années qui viennent. La constellation des satellites Sentinel est le fruit d'un vaste programme d'observation de la Terre lancé par l'Union Européenne et l'ESA pour plus de 8 milliards d'euros, appelé Copernicus.



Le programme Copernicus est sans doute le programme d'étude de la Terre le plus ambitieux jamais imaginé. Les six Sentinel fourniront ensemble un suivi sur le long terme du climat terrestre, des océans, de l'atmosphère, des terres et forêts sans précédent.
Le but de Copernicus et des Sentinel est de fournir aux Etats de l'UE des données scientifiques robustes pour permettre de développer des politiques environnementales efficaces.
Ces données serviront par exemple à créer des cartographies des zones glacées, à gérer les zones agricoles, à évaluer et prévoir les changements climatiques et les catastrophes naturelles, à imager les pollutions... Les Sentinel devront pouvoir produire des images, des cartes et des modèles quasi en temps réel, à l'image des satellites météo mais pour de beaucoup plus nombreux paramètres.
Et les Sentinel seront des satellites qui seront remplacés au fur et à mesure de leur vieillissement, ce qui permettra d'acquérir des données dans la durée, sans interruption.
Et ce qui est tout à fait important à crier haut et fort : les données seront disponibles librement pour tout le monde (accès et utilisation) !
Bon, les scientifiques auront tout de même quelques accès privilégiés, avec par exemple un support de spécialistes de l'ESA.

Déploiement de Sentinel 1A (animation ESA)

Sentinel-1A qui vient d'être lancé aura un satellite jumeau, 1B, qui devrait s'envoler d'ici à la fin 2015. Ils contiennent tous les deux un radar qui permet de faire des images à travers les nuages et la nuit. Ils se focaliseront notamment sur les forêts tropicales, très denses. Ils fonctionneront parfois en tandem, pour imager le même point avec un très court laps de temps.

Les Sentinel 2 à 5 auront des objectifs différents du premier. Ils observeront avec des capteurs optiques, des radiomètres et des spectromètres, pour mesurer tout ce qui est possible, depuis la température de la mer jusqu'à la pollution de l'air. 



Sentinel 2 (animation ESA)

Le Sentinel 6 est encore en cours de discussions, il pourrait (et on l'espère) emporter un radar altimétrique pour mesurer précisément le niveau des océans.

Ces divers instruments de mesure appliqués aux études des composants les plus importants de notre fragile planète feront des Sentinel les satellites sans doute les plus précieux des deux décennies à venir.
Sentinel-4, par exemple, sera l'un des premiers, si ce n'est le premier, à mesurer les polluants atmosphériques depuis une orbite géostationnaire, et le premier à fournir des données toutes les heures sur une zone donnée (Europe et Afrique du Nord).


Sentinel 3 (animation ESA)

Les Sentinels 2A et 2B, eux, seront tout simplement les meilleurs dans leur catégorie d'observateurs de la Terre, avec une résolution trois fois meilleure (inférieure à 10 m) que l'actuel Landsat-8 américain. Ils repasseront de plus au dessus de la même zone tous les 3 jours. De nombreux spécialistes en attendent déjà beaucoup. D'ailleurs, les exploitants de Landsat-8 et les futurs de Sentinel 2 se sont mis d'accord pour utiliser des données compatibles entre elles, de manière à pouvoir créer une vaste archive commune et une sorte de 'satellite virtuel' composé des deux systèmes.

Il est plus qu'urgent de s'occuper de notre planète avant de se pencher vers d'autres planètes où personne n'ira jamais, comme c'est parti...


source : 
Nature 508, 160–161 (10 April 2014)